Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus de l’efficacité du casque à vélo pour les enfants.

Pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus de l’efficacité du casque à vélo pour les enfants.
Deux études simultanées.
La première vient de Virginie, USA. Elle compare les lésions d’enfants de moins de  14 ans, accidentés à vélo, selon qu’ils portaient ou non un casque.
Le groupe « casqué » avait un taux de commotion cérébrale de 19% contre 37% pour le groupe sans casque. En outre il y avait une différence significative dans la fréquence des fractures du crâne (respectivement 3.2 contre 17.4%) et des hémorragies intracrâniennes (respectivement 0 contre 17.4%). Enfin bien que non statistiquement non significatif, les 2 décès (100%) sont survenus dans le groupe sans casque.

La seconde fait le bilan de 25 ans de promotion du port du casque à vélo en Suède. Il en résulte que le nombre de traumatismes crâniens liés aux accidents de vélo en dessous de 15 ans, a diminué de 94% durant la période de surveillance.

Bien entendu ces deux études concluent que le port du casque à vélo est une nécessité.

Note O. Reinberg :
Ces deux articles complètent une longue liste de publications sur ce sujet, dont les conclusions vont toutes dans le même sens. Dès lors on a de la peine à comprendre les arguments du TCS et de Pro Vélo qui se sont opposés au projet du conseil fédéral visant à rendre obligatoire le port du casque cycliste et ont préféré miser sur la responsabilité individuelle des cyclistes, arguant entre autre que l’obligation de porter un casque risquerait d’induire un recul de l’utilisation du vélo. Au moins en ce qui concerne les enfants, il est regrettable que les Chambres fédérales aient rejeté l’introduction d’une telle mesure en 2012. D’autant que tout récemment (août 2013) la compagnie d’assurance Allianz publiait une régression du port du casque à vélo chez les enfants de moins de 14 ans. Leur proportion a baissé de 68% à 63% depuis 2012.

Dans leur demande au gouvernement de la province du Québec de rendre le port du casque obligatoire pour les moins de 18 ans, les pédiatres et chirurgiens pédiatres de l’Hôpital Sainte-Justine de Montréal avancent les mêmes arguments (réduction de 85% le risque de traumatisme crânien et cérébral grave) et réfutent les arguments de la diminution de l’usage du vélo liée à l’obligation de porter un casque : « Il existe une crainte de la part de certains organismes ou personnes qui font la promotion du cyclisme, à l’effet qu’une loi obligeant le port du casque diminuerait l’utilisation du vélo. Or, les données les plus à jour ne soutiennent aucunement cette crainte. Ainsi, en Alberta et à l’Île-du-Prince-Édouard, il a été démontré que l’utilisation du vélo chez les jeunes n’a pas diminué après l’implantation d’une loi obligeant le port du casque. ».

Références complètes:
1. Pediatric bicycle injury prevention and the effect of helmet use: the West Virginia experience
Bergenstal J, Davis SM, Sikora R, Paulson D, Whiteman C. W. V. Med. J. 2012; 108(3): 78-81.
W V Med J. 2012 May-Jun;108(3):78-81
Affiliation  West Virginia University, Department of Emergency Medicine, USA.
2. Twenty-five years of bicycle helmet promotion for children in Skaraborg District, Sweden
Ekman DS, Ekman R. Int. J. Inj. Control Safe. Promot. 2012; ePub(ePub): ePub.
Int J Inj Contr Saf Promot. 2012;19(3):213-7.
Affiliation : Department of Nursing, Health and Culture, University West, Trollhättan, Sweden.

Prévention des accidents de ski et de snowboard

La Société Canadienne de Pédiatrie (SCP) et celle de Chirurgie Pédiatrique (CAPS) ont créé un groupe de travail très actif (Comité de la prévention des blessures) qui édite des recommandations en français et en anglais que nous avons déjà rapportées ici (Le transport des nourrissons et des petits enfants dans les véhicules automobiles. Paediatrica 2010 21(1)). Cette fois ils éditent un document très complet sur la prévention des accidents de ski et de snowboard qui a également été approuvé par l’American Academy of Pediatrics (AAP).
Parmi les messages importants, retenons que de nouvelles données probantes attestent des bienfaits du port du casque en ski et en snowboard (planche à neige) et réfutent les hypothèses selon lesquelles le port du casque accroîtrait le risque de blessures au cou. Des données probantes appuient également le port de protège-poignets en snowboard et les gants ou moufles devraient en être équipés. Ces mesures de prévention efficaces sont peu mises en pratique.
La Société canadienne de pédiatrie recommande que les médecins s’impliquent pour faire mettre ces mesures en pratique par les familles. Il est également fait mention de la prévention du risque élevé de graves blessures liées à la consommation d’alcool ou de drogue sur les pentes.
Aux autorités politiques, ils recommandent de rendre le port du casque obligatoire à tout âge. Quand aux stations, elles devraient aider à faire appliquer le port du casque obligatoire et le rendre aisément accessible à ceux qui n’en auraient pas.

Le document peut être téléchargé sur www.cps.ca/fr/documents/position/ski-planche-a-neige-blessures (en français) ou www.cps.ca/documents/position/skiing-snowboarding-injury (en anglais

Référence complète :
Skiing and Snowboarding Injury Prevention
Warda LJ, Yanchar NL, Canadian Paediatric Society, Injury Preention Committee.
Paediatr Child Health. 2012 Jan;17(1):35-8.
Affiliation : Multicentrique Canada.

 

Épidémiologie des accidents de danse

Cette étude recense les accidents survenus lors de la pratique de la danse aux USA tels qu’enregistrés dans la base la base de données NEISS (National Electronic Injury Surveillance System = système national de surveillance informatique des accidents) entre 1991 et 2007. Elle porte sur 113’084 enfants de 3 à 19 ans ayant consulté une structure médicale des suites d’un accident survenu lors d’exercices ou de spectacles de danse.
La danse classique (ballet, jazz, claquettes, hip-hop) représente la moitié des accidents (55%). La cohorte des 15-19 ans constitue à eux seuls 40% des accidents. La majorité des lésions concernent les membres inférieurs (58%) et sont constituées d’entorses (52%) ou de fractures (14%). Le mécanisme le plus souvent impliquée est une chute (45%).
Les auteurs concluent que la danse a une épidémiologie particulière, différente des autres activités sportives. Ils suggèrent de poursuivre de telles études en distinguant les différentes pratiques de danse et les classes d’âge, pour déterminer des stratégies de prévention spécifiques.

Note O. Reinberg :
Nous nous associons pleinement aux suggestions des auteurs. Nous avions montré dans une étude réalisée avec L. Vittoz pour l’ISSEP (Institut des Sciences du Sport et de l’Education Physique, Université de Lausanne) en 2001, sur des élèves de 9 à 14 ans dans des classes vaudoises, qu’il existe une grande variété de tailles et de stades pubertaires parmi les élèves d’une même classe [Vittoz, 2001]. Cette variabilité n’influence que peu les jeux d’adresse (lancer franc de ballon), par contre elle désavantage les filles pour les exercices nécessitant de la force musculaire, puisqu’en période pubertaire celles-ci augmentent plus rapidement leur masse graisseuse que les garçons qui augmentent principalement leur masse musculaire. Le problème est encore plus complexe pour les exercices nécessitant une bonne coordination (saut au mini-trampoline). Pour réaliser un tel exercice, il faut maîtriser son schéma corporel et connaître son centre de gravité. Ceci nécessite un apprentissage. Or l’enfant est en permanente transformation de son schéma corporel, en particulier en période de forte croissance. Il est très vraisemblable qu’il en soit de même pour la danse en particulier dans la période critique péripubertaire. Cela mériterait d’être étudié.

REFERENCE COMPLETE:
Dance-Related Injuries in Children and Adolescents Treated in US Emergency Departments in 1991-2007.
Roberts KJ, Nelson NG, McKenzie L.
J Phys Act Health. 2013 Feb;10(2):143-50.
Affiliation : Center for Injury Research and Policy, The Research Institute at Nationwide Children’s Hospital, Columbus, OH. USA.

Les dangers du snowboard

Cette étude US porte sur 7 ans (2000-2007) et recense 213 cas de traumatismes résultant de la pratique du snowboard chez des enfants de 6 à 21 ans dans un centre de référence de traumatologie pédiatrique (“level 1”), ce qui crée un biais que les auteurs mentionnent, en ce que les traumatismes graves sont surreprésentés (7% de traumatismes abdominaux graves). Le titre en anglais ne reflète pas le contenu de l’article qui étudie tous les traumatismes résultant du snowboard et pas seulement les traumatismes abdominaux, d’où son intérêt.
Sans surprise il y a 79% de garçons. Le groupe le plus représenté (79%) est celui entre 12 et 14 ans. Par fréquence décroissante, les lésions concernaient le membre supérieur (58%), la tête (27%), le tronc (19%), le membre inférieur (10%). 74% des lésions abdominales avaient lésé un organe plein, en particulier la rate. La hauteur de chute (plus de 1 mètre) n’est pas corrélée avec un type particulier de lésion. Par contre il apparaît que les garçons se font des traumatismes abdominaux (p < 0.001), et les filles des traumatismes pelviens (p < 0.001). Les garçons ont plus de fractures (p < 0.01). Les petits enfants (moins de 14 ans) ont plus de lésions abdominales (p < 0.05), tandis que les plus âgés ont plus de lésions pelviennes. Il existe une corrélation associative nette entre les fractures du membre supérieur et les trauma abdominaux (p = 0.003).

Dans la discussion, les auteurs parlent de « dramatique » croissance de ce type de traumatismes, avec 6 cas en 2000 et 56 cas en 2005. Ils constatent que les lésions à snowboard diffèrent de celles du ski et les lésions pédiatriques de celles des adultes. Par exemple ils n’ont jamais retrouvé dans cette série pédiatrique la fracture de la cheville décrite chez les snowboarders adultes comme typique de ce sport (« snowboarder’s ankle »). Ils regrettent que le port du casque soit rarement mentionné alors que les traumas affectant la tête sont fréquents.
Ce travail est essentiellement descriptif. Cependant les auteurs développent  des hypothèses intéressantes sur les causes possibles des lésions constatées. Ainsi, ils mentionnent que la majorité des snowboarders ont le pied droit en arrière (regular), donc le flanc gauche tourné vers l’avant ce qui pourrait expliquer le nombre important de lésions spléniques. Certaines seraient dues au coude gauche de l’enfant lui-même, qui provoquerait une contusion du flanc gauche. Ils proposent la même explication à la surreprésentation de lésions du membre supérieur gauche par rapport au droit, d’où la corrélation associative mentionnée dans l’article. Il serait intéressant de voir si la proportion s’inverse chez ceux qui ont le pied gauche en arrière (« goofy »), mais le collectif ne permet pas cette analyse.

Référence:
Snowboarding-Related Abdominal Trauma in Children.
McCrone AB, Lillis K, Shaha SH
Pediatr Emerg Care 2012; 28(3) :251-253.
Affiliation: Department of Emergency Medicine, SUNY Upstate Medical University, Syracuse; State University of New York at Buffalo, School of Medicine, Williamsville, NY.

Lésions oculaires chez les enfants

Cette étude investigue rétrospectivement les lésions oculaires survenues chez des enfants de moins de 18 ans entre 1990 et 2009. Elle s’appuie sur le système de surveillance NEISS (National Electronic Injury Surveillance System = système national de surveillance informatique des accidents) et analyse environ 1,5 million de traumatismes oculaires soit une moyenne d’environ 70’300 par an ! Toutefois au cours de l’étude, le nombre annuel a diminué progressivement.

Les petits enfants de moins de 4 ans sont très concernés puisqu’ils représentent 32% du collectif. Les lésions résultent des activités de sport et de loisir (24%) et de contact avec des produits chimiques (17%). La majorité des lésions oculaires (69%) surviennent à domicile.

Les auteurs insistent sur le peu de conscience qu’il y a de survenue de lésions oculaires chez les enfants. Ils souhaitent que les pédiatres s’impliquent pour éduquer les parents et les éducateurs de l’enfance à mieux protéger les yeux des enfants.

Référence complète:
Pediatric Eye Injuries Treated in US Emergency Departments, 1990-2009.
Pollard KA, Xiang H, Smith GA.
Clin Pediatr (Phila) 2012; 51(4): 374-381
Affiliation: Center for Injury Research and Policy, The Research Institute at Nationwide Children’s Hospital, Columbus; The Ohio State University, USA

Des casques pour skier: utilisation, tendances et attitudes

Cet article provenant d’Australie nous intéresse car les réponses qu’il apporte nous concernent.

Les auteurs rappellent que le port du casque dans les sports de glisse (ski, snowboard) réduit de façon incontestable le nombre des traumas crâniens de 16 à 30% selon les études. L’US Consumer Product Safety Commission est arrivé à la conclusion que 44% des lésions crâniennes adultes et 53% des pédiatriques survenues à ski auraient pu être évitées. Alors porte-t-on le casque, si oui pourquoi et si non avec quels arguments ?

En Australie, 16% des adultes et 67 % des enfants portent un casque lors de sports de glisse. Entre 2003 et 2008 l’augmentation du port du casque a été particulièrement importante. Quand l’habitude de port du casque est prise il est porté régulièrement (86% de port régulier sans différence dans les groupes). Entre 2003 et 2008 l’accroissement le plus spectaculaire du port du casque concerne les enfants. Les enfants, les hommes et les snowboarders sont nettement plus enclins à porter un casque que les autres groupes étudiés.

La probabilité de porter un casque est 2.3 fois plus élevée chez un enfant que chez un adulte, 1.7 fois plus élevée chez un homme que chez une femme, et 1,5 fois plus élevé chez un   que chez un skieur. Les facteurs incitatifs au port du casque sont l’expérience, un antécédent d’accident, les écoles de ski et les locations de matériel. Les modèles les plus appréciés sont les casques freestyle chez les enfants et les modèles standards adultes chez ces derniers.

Parmi les raisons données par les enfants pour porter un casque on relève par ordre décroissant (ces raisons diffèrent de celles des adultes): mes parents m’y obligent, je ne veux pas qu’il m’arrive quelque chose, le casque me tient la tête au chaud, il tient mieux mes grosses lunettes, mes copains en portent. A l’inverse, parmi les raisons de ne pas en porter on note (ces raisons diffèrent de celles des adultes): le casque n’est pas obligatoire, ce n’est pas confortable, je ne vais que sur des pistes faciles pour débutants, je n’aime pas le look des casques, je skie bien et ne risque pas pour ma tête, personne dans ma famille/copains n’en porte.

Les auteurs comparent leurs résultats à ceux antérieurs publiés dans l’hémisphère nord et ne constatent pas de grandes différences. Les auteurs rappellent que les arguments des détracteurs du port du casque dans les sports de glisse (diminution de l’audition et du champ de vision, augmentation des comportements à risque liée à la plus grande sensation de sécurité, lésions potentielles de la colonne cervicale des enfants) ont été largement récusés par au moins  6 article récents bien conduits.

Ils mettent en évidence les mesures fortement incitatives comme l’exemple donné par les instructeurs et les patrouilleurs en portant le casque dans les écoles de ski. Ils posent la question politique de savoir si le port du caque doit être rendu obligatoire(pour mémoire, l’Australie a été un pays pionnier dans le port obligatoire du casque a vélo).

Référence complète:
Cundy TP, Systermans BJ, Cundy WJ, Cundy PJ, Briggs NE, Robinson JB
Helmets for snow sports: prevalence, trends, predictors and attitudes to use.
J Trauma 2010; 69(6): 1486-1490
Affiliation: University of Adelaide, South Australia