Méta-analyse italienne dont le but est d’évaluer les risques d’asphyxie en rapport avec la forme, la taille et la consistance de corps étrangers inhalés chez les enfants. L’étude est intéressante par son importance, puisqu’elle fait une analyse exhaustive de la littérature sur 30 ans (1978-2008). Sur plus de 1600 articles revus, 1063 ont été jugés pertinents incluant un total de 30’477 enfants.
L’âge critique d’inhalation est compris entre 0 et 3 ans (67%). Les corps étrangers organiques les plus souvent impliqués sont les noix (noisettes, arachides) (39%), des graines (25%), tandis que parmi les inorganiques, les petits aimants sont les plus fréquents (deux fois plus que les petites éponges qui viennent ensuite). Beaucoup d’objets inhalés n’auraient jamais dû être accessibles à des petits enfants: punaises, clous, vis, épingles.
Les accidents surviennent sans surprise quand l’enfant mange ou joue.
La localisation trachéale, la plus dangereuse, représente 15% des cas. Il y a 62% d’inhalation à droite vs 38% à gauche lorsqu’elle est bronchique.
Les symptômes classiques sont ceux d’une obstruction sévère et aiguë des voies respiratoires avec toux, dyspnée, bruits respiratoires diminués ou absents et vont jusqu’à l’asphyxie complète.
Des symptômes non spécifiques, voire une absence totale de symptôme, sont des constatations fréquentes ce qui rend les inhalations très dangereuses et mène à de faux diagnostics ou à un retard de prise en charge adéquate. Sur l’ensemble de l’étude, les radiographies étaient normales dans 47% des cas et seules les endoscopies ont permis de faire le diagnostic et de traiter. Dans 40% des cas le diagnostic a été fait plus de 24 heures après l’inhalation. Ceci explique que 15 % (!!) des enfants présentent des complications aiguës ou chroniques. Parmi les plus graves, on mentionne 6% de décès, 2.4% d’arrêts respiratoires et 2% d’arrêts cardiaques.
Enfin sur ce grand nombre d’articles traitant du sujet, seuls 5 font référence à la présence ou non d’adultes au moment de l’accident, traduisant pour les auteurs le peu d’intérêt porté à la prévention dans ce domaine.
Bien que les études soient difficilement comparables entre elles et d’une grande hétérogénéité, les auteurs insistent sur l’importante morbidité liée aux inhalations de corps étrangers. Ils plaident pour une prise de conscience et pour l’introduction d’une meilleure prévention.

Commentaire O. Reinberg :
Cette étude est proche de celle rapportée dans qui venait de Hong-Kong en 2009. Pour mémoire les auteurs mentionnaient l’importante différence de complications qui résultait du délai de prise en charge selon qu’elle était précoce (moins de 7 jours) ou tardive, le fait que beaucoup de ces d’enfants peuvent être asymptomatiques et que le diagnostic radiologique est insuffisant. Il est une preuve positive, mais ne permet pas d’exclure une inhalation de corps étranger. Une seule attitude possible: en cas de doute une endoscopie en urgence s’impose, même si les radiographies sont normales.
Du point de vue prévention, l’information sur le risque lié aux graines et aux cacahuètes en particulier doit être rappelée sans relâche aux parents : les parents ne devraient pas en donner aux petits enfants. Participant depuis des années à des missions en Afrique, je suis toujours surpris de ce que toutes les mamans africaines savent que “l’arachide tue”, tandis que dans le monde industrialisé on reçoit ses amis avec des pistaches et des cacahuètes à l’apéritif en présence de petits enfants. A ce sujet, relire dans Pipades  le niveau de connaissance des parents concernant les risques d’inhalation et le rôle essentiel que les pédiatres ont à jouer dans cette prévention.

Référence :
Foreign bodies in the airways: A meta-analysis of published papers.
Foltran F, Ballali S, Passali FM, Kern E, Morra B, Passali GC, Paola Berchialla P, Lauriello M, Gregori D.
Int J Pediatr Otorhinolaryngol 2012; 76-Suppl 1: S12–S19.
Affiliation : Italie, multicentrique